Entre transition environnementale, contexte économique et politique, transformation numérique, intégration de l’IA, intégration de la robotique, coût de financement élevés, ralentissements des investissements, renforcement de la cybersécurité et évolutions des pratiques de travail ; les organisations avancent sur plusieurs fronts simultanément.
Les ETI se démarquent par leur implication dans le facteur travail, contrairement aux grands groupes, elles doivent internaliser et mutualiser chaque employé. Pourtant, derrière cette dynamique, un paradoxe persiste : les ETI investissent dans le capital humain, mais n’arrivent pas encore à piloter les compétences comme un véritable capital et levier de performance au même titre que leurs investissements financiers, industriels ou technologiques.
Par Nandy Magron – Dirigeante de Circle HR
Dans ce contexte en forte concurrence, les coûts associés à la gestion humaine du personnel, de choix de recrutement, de formations ou de retard de remplacement, mobilités peuvent avoir des impacts considérables sur leurs ressources humaines qui est l’un des piliers de la croissance d’une ETI. Chaque transformation dépend des compétences et le fait de piloter les compétences devient stratégique.
Un environnement qui rend le pilotage des compétences indispensable
Une pression économique et réglementaire qui ne faiblit pas
Les ETI évoluent dans un contexte où les coûts de financement restent élevés, les marges sous tension et la concurrence internationale plus agressive. À cela s’ajoutent des obligations réglementaires renforcées, notamment autour de la durabilité, la transparence des salaires et extra financière.
Le Baromètre Future Ready indique que 86 % des dirigeants placent la transition écologique parmi leurs priorités. Cette priorité n’est pas théorique : elle implique des compétences nouvelles, des métiers qui
évoluent, des pratiques à transformer..
Une tension persistante sur les compétences clés
Les données 2025 de Bpifrance Le Lab montrent que les ETI sont confrontées à :
● des difficultés de recrutement dans plus de 75 % des cas,
● des enjeux de rétention pour 61 % d’entre elles,
● une nécessité de formation continue pour 86 %.
Les ETI investissent donc déjà dans l’humain. Mais ces investissements doivent être pilotés pour optimiser chaque ressource et orienter la stratégie..
Le capital humain : un actif stratégique encore trop peu mesuré
Piloter les compétences, première source de performance
Toutes les transformations actuelles reposent sur les compétences :
● décarboner exige des compétences techniques nouvelles,
● sécuriser les systèmes nécessite des compétences en cybersécurité,
● intégrer l’IA demande des compétences data et mesurer l’impact réel de la performance si on redistribue ces compétences
● transformer les pratiques de travail implique des compétences managériales
Les études Deloitte 2026 et Apec 2026 convergents :
La performance durable dépend directement de la capacité à développer et mobiliser les compétences.
Le problème : les ETI ne disposent pas d’un pilotage fin des
compétences
Aujourd’hui, la plupart des ETI :
● ne mesurent pas précisément les compétences disponibles,
● ne quantifient pas les écarts avec les besoins futurs
● ne relient pas les compétences à la performance opérationnelle
● ne comparent pas les actions RH entre elles,
● ne simulent pas l’impact d’une action avant et après l’avoir lancer
Ce que les ETI pensent piloter… et ce qu’elles pilotent
réellement
Les ETI disposent souvent d’un plan de formation, d’un budget RH, d’un plan de recrutement, parfois d’une GPEC. Ces dispositifs donnent l’impression d’un pilotage structuré. Les études montrent que les compétences critiques sont souvent insuffisamment alignées avec les priorités stratégiques et rarement reliées à la performance de manière chiffrée.
Les dirigeants découvrent parfois trop tard :
● qu’une compétence essentielle repose sur une seule personne,
● que des équipes entières manquent de compétences pour absorber une transformation
● Le turnover et l’absentéisme ne sont pas le vrai sujet : l’enjeu, c’est leur coût en euros et en compétences
● qu’il n’y a pas eu de transmission de compétences sur des compétences clés
● que des investissements RH coûteux n’ont pas produit l’impact attendu ou l’impact n’a pas été mesuré
Ces pratiques traduisent un manque de mesure.
Le grand angle mort : la mesure
Dans une ETI, la compétence n’est jamais abstraite : elle se traduit immédiatement en performance opérationnelle, en qualité, en innovation ou en maîtrise des risques. C’est elle qui détermine la capacité à produire, à innover, à tenir les délais, à satisfaire les clients. Une équipe compétente génère des revenus, améliore la productivité et sécurise les opérations.
Les expériences accumulées jouent un rôle tout aussi déterminant : elles réduisent les erreurs, accélèrent la prise de décision et améliorent l’efficacité globale. Chaque décision mieux prise, chaque erreur évitée, représente une économie tangible. L’engagement et la motivation ne sont pas des notions “soft”. Elles conditionnent le turnover, l’absentéisme, la fidélisation des talents. Pour un directeur financier, ce sont des coûts évités. Pour un dirigeant, c’est la garantie de la continuité opérationnelle.
Dans les ETI, tout est mesuré : marges, trésorerie, productivité, qualité, délais, coûts d’acquisition.
Tout… sauf les compétences.
Les compétences influencent directement la performance, bien plus que ce que montrent les indicateurs classiques. Elles déterminent la capacité de l’entreprise à produire et à innover : sans expertise métier, il n’y a ni productivité ni création de valeur. Elles conditionnent aussi le rendement réel des investissements, car certaines compétences génèrent un impact bien supérieur à d’autres..
Les études EY, METI, Deloitte et France Compétences (2026) montrent que lescompétences sont au cœur des transformations majeures (transformation numériques, décarbonisation, intégration de l’IA, amélioration de la satisfaction client et qualité opérationnelle..). Les compétences ne sont plus uniquement un sujet RH. Elles représentent des variables économiques. Les compétences conditionnent les revenus, les coûts, les risques et la capacité de l’entreprise à se transformer.
Piloter les compétences comme on pilote la performance
Il est souvent admis parfois à tort que performance économique et développement humain relèvent de logiques différentes. Dans la réalité, les ETI font déjà beaucoup pour leurs équipes : elles définissent des budgets, mettent en place des plans de formation, recrutent lorsque c’est nécessaire, accompagnent les mobilités, gèrent les reclassements et appliquent les obligations réglementaires. Elles multiplient les dispositifs RH avec sérieux et engagement.
Ces approches ne suffisent plus, car elles ne permettent pas de comprendre ce qui se passe réellement dans l’organisation. Elles répondent souvent à des besoins immédiats, à des obligations ou à des flux naturels de gestion sans offrir une vision d’ensemble.
Elle ne permet pas non plus de mesurer l’impact des actions RH : on forme, on recrute, on accompagne… mais sans savoir si cela améliore la performance, réduit les risques ou renforce la capacité de transformation.
En réalité, il existe beaucoup de flux humains : départs, mobilités, montées en compétences, pertes de savoir-faire, réorganisations, changements de métiers qui ne sont pas cartographiés, pas analysés, pas anticipés. Sans cette vision, les décisions RH restent fragmentées, réactives, et parfois coûteuses.
Les études montrent qu’un recrutement coûte entre 25 000 et 45 000 € (Apec), qu’un départ représente 1 à 1,5 fois le salaire annuel (Dares), que 70 % des formations ne sont pas reliées à un indicateur de performance (France Compétences), et qu’un remplacement tardif peut générer jusqu’à 100 000 € de pertes indirectes (Deloitte).
Autant de coûts qui s’accumulent lorsque les compétences ne sont pas pilotées de manière structurée. Elles génèrent alors des dépenses invisibles, retards de remplacement, pertes de compétences, recrutements non optimisés, formations peu ciblées qui finissent par peser lourdement sur la performance et les ressources de l’ETI. C’est précisément pour cela que cette approche ne suffit plus : elle gère des actions, mais elle ne pilote pas le capital humain. Ces actions sont nécessaires, mais ne constituent pas forcément un pilotage.
Piloter les compétences consiste par exemple à l’aide donnée chiffrée de :
● Mesurer les compétences qui créent réellement de la performance
● Arbitrer entre les actions RH (formation, recrutement, mobilité ou
réorganisation)
● Quantifier l’impact de chaque action,
● Suivre les résultats dans le temps
Comme dans la croissance externe où une acquisition réussie peut devenir un mauvais souvenir faute d’intégration, les ETI confondent souvent investir dans l’humain et piloter le capital humain.
Selon Deloitte, 7 dirigeants sur 10 déclarent que leur priorité stratégique est de devenir plus réactifs et agiles face aux mutations technologiques et économiques.
Les organisations passent d’un modèle Humain + Machine à Humain × IA, ce qui renforce l’importance du pilotage des compétences. Ce qui peut faire la différence est un pilotage fin du capital humain, à la hauteur des enjeux.








