...

Managers, et si vous cessiez de vouloir motiver les collaborateurs ?

PARTAGER

Facebook
Email
WhatsApp
Managers, et si vous cessiez de vouloir motiver les collaborateurs ?

« On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ». Pourtant, depuis des décennies, le discours managérial repose sur une idée tenace : un bon manager doit savoir motiver les collaborateurs. Et lorsque l’engagement n’est pas au rendez-vous, l’explication paraît évidente : le manager n’a pas su créer l’élan nécessaire. Cette vision repose pourtant sur un malentendu. Et ce malentendu peut coûter très cher en énergie dépensée, en relations abîmées, en managers épuisés à la tâche parfois impossible de rendre enthousiastes des personnes qui ne le veulent pas.

Par Francis Boyer – Président d’OVER SWEETCH

Motiver quelqu’un : une illusion bien entretenue

Le verbe motiver vient du latin motivare, qui signifie « justifier par des motifs ». Motiver quelqu’un consiste donc à lui donner des raisons d’agir : donner du sens, expliquer un objectif, promettre une récompense. Autrement dit, on cherche à influencer le comportement d’une personne pour satisfaire les attentes de l’entreprise.

La motivation renvoie à tout autre chose. Elle désigne le mouvement intérieur qui pousse une personne à agir, qui lui donne envie de s’investir dans une activité. Là où motiver repose sur des incitations extérieures, agir sur la motivation consiste à créer les conditions d’expression du désir d’agir.

Cette distinction est essentielle. Plus une entreprise pilote par la prescription (fiches de poste verrouillées, procédures rigides, objectifs imposés sans discussion) plus elle retire à ses collaborateurs le sentiment d’être à l’origine de leurs actes. Or c’est précisément ce sentiment qui est au cœur de l’engagement.

Ce qui fait vraiment bouger les gens

Si les théories motivationnelles nous éclairent sur les facteurs qui concourent à la motivation (autonomie, reconnaissance…), elles décrivent moins bien le mécanisme qui pousse concrètement une personne à se mettre en mouvement. Deux concepts permettent de mieux le comprendre.

Le premier est le locus de contrôle, décrit par le psychologue Julian Rotter. Il désigne la façon dont un individu perçoit l’origine de ce qui lui arrive. Certaines personnes attribuent leurs réussites et leurs échecs à des facteurs extérieurs : la chance, le contexte, les décisions des autres. C’est le locus externe. D’autres estiment au contraire que ce qui leur arrive est la conséquence de leurs propres choix et comportements. C’est le locus interne. Ses études démontrent que les individus en locus interne sont significativement plus autonomes, responsables et engagés que ceux qui sont en externe, non pas parce qu’ils sont plus talentueux, mais parce qu’ils se considèrent comme auteurs et acteurs de ce qu’ils vivent.

Le second concept porte sur la dynamique du désir lui-même. Les travaux en neurosciences ont mis en évidence que l’action humaine est animée par deux ressorts principaux : la recherche du plaisir et l’évitement de la souffrance. Les personnes en recherche du plaisir sont généralement plus enthousiastes et plus impliquées dans ce qu’elles font. Celles qui agissent principalement pour éviter la souffrance, travailler pour payer son loyer, rester à proximité de sa famille, ne sont pas moins légitimes dans leurs choix. Mais elles n’attendent pas du travail qu’il soit une source d’épanouissement, et vouloir les convaincre du contraire est une erreur.

Pour un dirigeant, ces deux grilles permettent  de se poser deux questions simples, bien qu’inconfortables : Nos collaborateurs se sentent-ils à l’origine de leurs actes ? Sont-ils là pour trouver du plaisir dans ce qu’ils font, ou pour éviter autre chose ?

Que faire en fonction des motivations individuelles ?

Croisés, ces deux concepts offrent une grille de lecture pertinente au manager pour ajuster sa posture en fonction de ce qui anime réellement leurs collaborateurs :

  1. Locus interne + recherche du plaisir. C’est le profil le plus autonome. Ce collaborateur sait ce qu’il veut, il s’estime capable de l’atteindre, et il y prend du plaisir. Son management se résume à une question : « De quoi as-tu besoin de ma part pour avancer ? »
  2. Locus externe + recherche du plaisir. Ce collaborateur est enthousiaste et engagé, mais il attribue facilement ses succès à la chance ou à son environnement, et ses échecs aux autres. Il a le désir d’agir, pas encore la conviction d’en être l’auteur. L’enjeu n’est pas de le motiver davantage, mais de l’aider à reprendre la main sur son propre développement : lui confier des responsabilités, après avoir obtenu son accord.
  3. Locus interne + évitement de la souffrance. Ce profil est souvent mal interprété. Ce collaborateur est fiable, autonome, il tient ses engagements, mais il n’attend pas du travail qu’il soit une source d’épanouissement. Il travaille pour gagner de l’argent pour satisfaire ses désirs qui sont ailleurs ou rester proche des siens. Il se sent pleinement responsable de ses actes, mais sa boussole n’est pas la passion professionnelle. Ce n’est pas un problème. Le manager qui tenterai de l’enthousiasmer perdrai son temps et risquerait de l’irriter car ce n’est pas ce qu’il attend. Mieux vaut clarifier officiellement que ce n’est pas son souhait, donc que vouloir le motiver n’est pas un sujet.
  4. Locus externe + évitement de la souffrance.C’est la configuration qui semble la plus délicate. Ce collaborateur subit son travail et en rend l’environnement responsable. Parce qu’il n’a ni l’envie d’être épanoui au travail et qu’il considère qu’il n’a pas le pouvoir de changer les choses, vouloir le motiver est non seulement vain, mais contre-productif. C’est cette configuration qui appelle le contrat moral.

Quand la motivation n’est pas le sujet : le contrat moral

Face à un collaborateur qui n’attend pas du travail qu’il soit une source de plaisir, la tentation managériale classique est « motiver les collaborateurs » et de « trouver ce qui va le faire bouger ».

Une alternative plus efficace existe : le contrat moral.

Il ne s’agit pas d’un document RH mais le fruit d’une conversation, initiée par le manager, qui pourrait ressembler à ceci : « J’ai l’impression que tu n’attends pas de ce poste qu’il soit une source d’épanouissement. Est-ce que je me trompe ? » Si la réponse est oui, la suite est simple : « Très bien. Ce que j’attends de toi, c’est que le travail soit fait, et bien fait. Ce que je ne ferai pas, c’est te convaincre d’aimer ce que tu fais. Est-ce qu’on peut travailler sur cette base ? »

Ce type d’échange a plusieurs bénéfices. Il sort le collaborateur d’un sentiment de soumission. Il le responsabilise sur son choix personnel et clarifie ce qui est principalement attendu de la relation professionnelle — la qualité d’exécution — sans lui imposer une attitude enthousiaste qu’il ne recherche pas. Et il libère le manager d’une activité épuisante et vouée à l’échec.

La condition pour que ce contrat tienne : il doit être dit à voix haute, explicitement, par le collaborateur lui-même. La déclaration publique — même à deux — transforme une situation subie en choix assumé.

Ce contrat ne convient pas à tout le monde, et il ne règle pas tout. Mais il pose une question que beaucoup de managers évitent : jusqu’où suis-je responsable du désir de l’autre ?

Le rôle du manager en ce qui concerne la motivation

Le rôle du manager n’est pas de déclencher la motivation. Il est de ne pas l’étouffer chez ceux qui l’ont — et de ne pas s’épuiser à la fabriquer chez ceux qui n’en veulent pas.

C’est un changement de posture plus radical qu’il n’y paraît. Il suppose d’accepter que certains collaborateurs soient pleinement compétents et fondamentalement indifférents à l’idée de s’épanouir dans leur travail. Il suppose aussi de renoncer à la fiction commode selon laquelle un manager suffisamment habile peut rendre n’importe qui enthousiaste — fiction qui fabrique autant de managers épuisés que de collaborateurs infantilisés.

La vraie compétence managériale, dans ce domaine, tient en trois gestes : reconnaître ce qui motive réellement chaque collaborateur, créer les conditions pour que cette motivation s’exprime librement, et avoir le courage de ne pas vouloir motiver quand ce n’est pas le sujet.

PARTAGER

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email
LinkedIn
WhatsApp
PLUS D'ARTICLES
GIREVE - La marketplace qui connecte l'écosystème des nouvelles mobilités
GIREVE est le leader européen de l’intermédiation sur le secteur des nouvelles mobilités. Cette marketplace, qui compte à son actif plusieurs millions de transactions, permet de connecter et de faciliter les échanges entre tous les acteurs de l’éléctromobilité (pouvoir publics, gouvernement et entreprises). Les entreprises de cet écosystème font appel à GIREVE afin d’obtenir un état des lieux de la recharge sur un territoire, définir une stratégie de développement sur un nouveau marché, mettre en œuvre la transition énergétique de leur entreprise, étendre leurs activités ou encore anticiper les problématiques à venir. Eric Plaquet, Président de GIREVE et Amandine De Oliveira, Directrice Conseil, nous parlent du rôle de cette plateforme de marché qui a su devenir un pivot central de ce marché à la croissance spectaculaire.
VivaTech 2026 : candidatez au pitch international de Women in Tech for Future
Dans le cadre du partenariat qui nous lie à la CCI Paris Ile-de-France, PME-ETI.fr vous tient informés en priorité des principaux évènements et réseaux qui peuvent vous permettre de booster votre croissance et de rencontrer des acteurs-clés de l’économie. À l’approche de l’édition VivaTech 2026, l’un des plus grands rendez-vous européens consacrés à l’innovation et à la technologie, la CCI Paris Île-de-France renouvelle son engagement en faveur de l’entrepreneuriat innovant et de la féminisation de la tech à travers un appel à candidatures dédié aux femmes entrepreneures et aux startups portées par des dirigeantes ambitieuses. Dans un écosystème technologique encore marqué par une sous-représentation des femmes dans les fonctions de direction et dans l’accès au financement, cette initiative entend mettre en lumière les talents féminins qui façonnent les innovations de demain. Intelligence artificielle, cybersécurité, santé, climat, industrie, data, fintech ou encore impact social : tous les secteurs de la tech sont aujourd’hui concernés par cette dynamique portée par les entrepreneures françaises et européennes. À travers ce programme, les candidates sélectionnées auront l’opportunité d’intégrer un environnement exceptionnel de visibilité, de rencontres et d’accélération business dans le cadre de VivaTech 2026, événement devenu incontournable pour les startups, investisseurs, grands groupes et acteurs internationaux de l’innovation. Chaque année, le salon rassemble plusieurs centaines de milliers de visiteurs, des milliers de startups ainsi que des décideurs venus du monde entier. L’objectif de cette démarche est double : offrir aux entrepreneures une exposition unique pour accélérer leur développement, tout en contribuant à promouvoir une tech plus inclusive et représentative des talents qui composent aujourd’hui l’écosystème entrepreneurial. La CCI Paris Île-de-France s’inscrit ainsi dans une volonté plus large de soutenir les dirigeantes innovantes dans leurs enjeux de croissance, de financement, de visibilité et d’internationalisation. Pour les startups sélectionnées, les bénéfices sont particulièrement stratégiques. Participer à VivaTech 2026 permet non seulement de présenter son innovation à un public qualifié, mais aussi de rencontrer des investisseurs, partenaires technologiques, grands groupes et médias spécialisés. Plusieurs programmes liés à VivaTech ont déjà permis à des startups d’accélérer significativement leur développement commercial ou leurs levées de fonds grâce aux connexions créées pendant l’événement. Au-delà de la visibilité, cet appel à candidatures s’inscrit également dans une logique de création de réseau et de communauté. Les entrepreneures retenues pourront intégrer un collectif engagé autour des enjeux de mixité dans la tech, bénéficier d’échanges entre pairs et accéder à des opportunités de networking à forte valeur ajoutée. La notion de « sororité entrepreneuriale » et d’accompagnement mutuel fait d’ailleurs partie des piliers mis en avant dans les initiatives Women in Tech soutenues par la CCI Paris Île-de-France et ses partenaires. Dans un contexte où les entreprises technologiques françaises cherchent à renforcer leur compétitivité internationale, cette initiative représente également une formidable opportunité pour faire émerger de nouveaux rôles modèles féminins dans l’innovation. Les enjeux sont majeurs : encourager davantage de femmes à entreprendre dans la tech, favoriser leur accès aux investisseurs et contribuer à une économie numérique plus diversifiée et plus performante. Que vous soyez fondatrice d’une startup innovante, dirigeante d’une jeune entreprise technologique ou porteuse d’un projet à fort potentiel, cet appel à candidatures peut constituer une étape décisive dans le développement de votre activité et dans votre visibilité au sein de l’écosystème tech européen.

Dépôt des candidatures et informations 

« Made In Ile-de-France » : Grande Finale Régionale du concours le 4 juin
Dans le cadre du partenariat qui nous lie à la CCI Paris Ile-de-France, PME-ETI.fr vous tient informés en priorité des principaux évènements et réseaux qui peuvent vous permettre de booster votre croissance et de rencontrer des acteurs-clés de l’économie. L’innovation francilienne sera à l’honneur le 4 juin prochain à l’occasion de la Grande Finale Régionale du concours « Made in Île-de-France », organisée par la CCI Paris Île-de-France. Véritable vitrine du dynamisme entrepreneurial régional, cette soirée mettra en lumière les jeunes entreprises qui façonnent l’économie de demain à travers leurs projets, leur audace et leur capacité d’innovation. Depuis plusieurs années, le concours « Made in Île-de-France » s’est imposé comme l’un des rendez-vous incontournables de l’écosystème entrepreneurial francilien. Son ambition est claire : détecter, valoriser et accompagner les talents émergents du territoire, qu’ils évoluent dans la tech, l’industrie, la transition énergétique, l’économie sociale et solidaire ou encore les services innovants. Cette grande finale régionale réunira entrepreneurs, investisseurs, institutionnels, partenaires économiques et dirigeants autour d’un moment à la fois inspirant, convivial et résolument tourné vers l’avenir. Organisée au nouveau siège de la CCI Paris Île-de-France, dans le 10e arrondissement de Paris, cette soirée sera l’occasion de découvrir les lauréats régionaux 2026 et d’assister aux pitchs des entreprises distinguées dans plusieurs grandes catégories emblématiques de l’entrepreneuriat francilien. Au-delà de la remise des prix, l’événement permettra surtout de plonger au cœur des nouvelles tendances entrepreneuriales qui transforment actuellement les territoires et les modèles économiques. Les participants pourront entendre des témoignages d’entrepreneurs reconnus venus partager leur parcours, leurs défis, leurs réussites mais aussi les réalités concrètes de la création et du développement d’entreprise. Dans un contexte où les PME, start-up et ETI doivent sans cesse innover pour gagner en compétitivité, cette soirée représente également une formidable opportunité de rencontres et de networking. Entrepreneurs, porteurs de projets, partenaires financiers, experts et acteurs institutionnels pourront échanger dans un cadre privilégié favorisant les synergies et les opportunités de collaboration. La soirée se conclura d’ailleurs par un cocktail networking pensé comme un véritable temps d’échange entre les différents acteurs de l’écosystème régional. Le succès des précédentes éditions illustre parfaitement l’importance prise par ce concours dans le paysage entrepreneurial francilien. Certaines finales départementales ont réuni plusieurs centaines de participants, des dizaines de partenaires et mis en avant des entreprises aujourd’hui reconnues pour leur capacité d’innovation et leur impact économique. À travers cette initiative, la CCI Paris Île-de-France confirme une nouvelle fois son engagement en faveur du développement économique régional et de l’accompagnement des entrepreneurs à chaque étape de leur croissance. Le concours « Made in Île-de-France » illustre aussi la vitalité d’un territoire qui demeure l’un des principaux moteurs de l’innovation et de l’entrepreneuriat en Europe. Que vous soyez dirigeant, entrepreneur, investisseur, étudiant, porteur de projet ou simplement curieux de découvrir les futures pépites de l’économie francilienne, cette grande finale régionale s’annonce comme un rendez-vous particulièrement inspirant.

Informations et inscriptions 

INSCRIVEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER
AUX DERNIÈRES NOUVELLES
×

Vous êtes dirigeant ou cadre ?
Vous avez une question ou besoin d'une information ?

Le respect de votre vie privée est notre priorité

L’accès au site implique l’utilisation de cookies mais celle-ci est subordonnée à votre consentement.