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Tranformation digitale des ETI – Décryptage

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Les ETI ont maintenant conscience de l’importance de la transformation digitale. La prochaine étape ? En faire une réalité business. Décryptage de Sébastien Hours, DG de Keria, et Pierre-Olivier Brial, Directeur Général Délégué de Manutan, qui président la commission digitale du METI.

Les ETI dans la première phase de la transformation digitale

Les résultats de la deuxième édition du baromètre de la maturité digitale des ETI françaises sont tombés : au sein des entreprises de taille intermédiaire, la prise de conscience est là. « La transformation digitale est désormais considérée comme un vrai axe de la stratégie d’entreprise », détaille Sébastien Hours. Cette prise de conscience fait entrer les ETI françaises dans ce que les dirigeants du METI qualifient de « premier stade » de la transformation digitale.

À cette étape de la digitalisation, trois enjeux « prioritaires » pour les ETI :

1- S’équiper des solutions technologiques les plus adaptées. Les dirigeants doivent à présent pleinement intégrer le digital dans leurs activités. Cela passe par la création d’un plan de transformation digitale, « avec des actions concrètes et mesurables », que les chefs d’entreprise devront potentiellement porter avec une équipe dédiée.

2 – Adapter les compétences des équipes aux nouveaux outils et process mis en place au sein de l’entreprise.

3 – Créer un écosystème favorable, grâce à des partenariats stratégiques. Les ETI doivent apprendre à collaborer avec les start-ups innovantes de manière agile, mais aussi avec de nouveaux acteurs comme les GAFA, « qui ont des pratiques très différentes des nôtres sur certains axes comme la sécurité et le traitement des données », détaille Sébastien Hours. « Ce nouvel écosystème nécessite également la présence des grands acteurs nationaux et internationaux. »

Aux yeux de Sébastien Hours et de Pierre-Olivier Brial, les ETI françaises possèdent déjà plusieurs atouts pour mener à bien leur transformation digitale. La taille est un « facteur essentiel », estime Sébastien Hours. « Elle nous rend réactifs, très agiles et nous donne également une vraie capacité à nous projeter sur le moyen-long terme. Nous mesurons aussi très fortement l’efficacité ou non d’un projet. » Autre atout mentionné : la mission des ETI, « bien au-delà » de l’aspect purement économique. « Plus des deux tiers d’entre elles sont des sociétés familiales. Parce qu’on ancre le digital dans un projet qui dépasse le cadre financier, nous sommes capables d’engager les collaborateurs dans la transformation, avec des points de repères fixes », indique Pierre-Olivier Brial.

Passer d’une prise de conscience à une réalité business

Pour encourager la collaboration avec les start-ups, le METI a notamment lancé le groupe de travail French Tech ETI, mettant en relation les ETI et les jeunes pousses de la French Tech, et des collaborations avec des associations comme France Digitale, « très portées sur ces leviers-là ». Fin 2017, le METI a décidé de lancer une « véritable dynamique », pour encourager les entreprises françaises à accélérer leur transformation digitale. « L’enjeu de cette année est de passer d’une prise de conscience à une réalité business, avec de vrais cas pertinents de réussite sur le plan de la transformation d’entreprise. »

En tant que dirigeants, Sébastien Hours et Pierre-Olivier Brial connaissent bien les challenges auxquels sont confrontées les entreprises durant leur mue digitale. « Chez Keria, nous intégrons la transformation digitale depuis une dizaine d’années dans nos plans stratégiques et au sein de chaque activité qui le nécessite », révèle Sébastien Hours. Le digital impacte aujourd’hui les trois axes principaux de la stratégie d’entreprise du leader français du luminaire : le développement et la conception des collections produits, l’expérience client, et l’évolution des modes d’organisation et des process.

Parmi les nombreuses révolutions digitales menées au sein de Keria, Sébastien Hours en détaille trois. La première concerne le développement et la conception produit, avec la création en partenariat avec une start-up de l’application smartphone Keria LED, qui centralise toutes les ampoules connectées du client. « L’utilisateur a de nouvelles solutions intelligentes d’éclairage, et de notre côté, nous pouvons mieux analyser les usages de nos produits pour en développer de nouveaux. ». Ensuite, une application sur tablette qui permet aux équipes de Keria d’élaborer des produits sur-mesure directement avec le client en magasin. Enfin, la consultation en direct sur les réseaux sociaux de la communauté de Keria, afin de l’impliquer « dès la conception d’un nouveau produit » dans le choix du design et de la couleur.

Deuxième révolution, qui touche l’expérience client : l’utilisation de la réalité augmentée. « Nous travaillons actuellement avec une start-up grenobloise sur des solutions de réalité augmentée pour que les clients puissent visualiser un produit comme s’il était placé chez eux. »

Dernière révolution, la mise en place d’une meilleure collaboration en interne. « Nous avons été parmi les premiers à tester l’application Workplace by Facebook en 2016. Les équipes interagissent en temps réel, peuvent lancer des projets et trouver des solutions de manière rapide et collaborative. »

Du côté de Manutan, « on a démarré le digital il y a 16 ans, à l’origine comme une extension de notre métier », explique Pierre-Olivier Brial. Du catalogue, l’entreprise passe au e-commerce qui devient un moyen de fédérer l’ensemble des filiales du groupe. « Nous avons été parmi les premiers à proposer des catalogues électroniques, ce qui nous a permis d’élargir la distribution à de nouveaux interlocuteurs. » Mais le digital ne se résume pas au e-commerce. Face à une multitude d’acteurs lançant leur site de vente en ligne, « nous avons dû évoluer car notre modèle devenait de moins en moins différenciant. » La Direction Générale décide de revoir la mission de Manutan : « Créer une relation de qualité, basée sur la sincérité et la responsabilité. Le digital représentait un fantastique moyen d’aller vers ce projet. »

La transformation digitale de Manutan s’est également traduite par deux révolutions. La première sur la culture de l’entreprise :  la Direction Générale de Manutan présente à ses équipes la digitalisation comme un moyen « d’hybrider la relation humaine et la technologie. » Pour apprendre la relation client et les bonnes pratiques digitales à ses équipes, Manutan se dote d’une université interne, « qui travaille sur la relation que chacun a avec soi-même, avec les autres et avec ses clients. » Pour sa seconde révolution, les équipes de Manutan s’envolent en direction de la Silicon Valley pour y découvrir le « Minimum Viable Product » et la culture du « test and learn ». Résultat ? Dès son retour en France, Manutan créé un « Lab », au sein duquel sont étudiés les besoins et les problématiques des clients en vue de concevoir rapidement un premier produit en mesure d’y répondre : le fameux MVP. Le groupe passe ainsi de quelques gros chantiers s’étalant sur plusieurs années à une multitude de petits projets plus rapides à tester. « En janvier par exemple, nous avons sorti un produit réalisé en seulement trois mois », détaille Pierre-Olivier Brial. « Nous sommes désormais plus agiles, pragmatiques et notre rapport à l’échec a totalement changé. »

En ordre de marche vers une « ETI Nation » ?

Les ETI françaises ne sont pas seules pour aborder leur transformation digitale. En prenant leur fonction au sein de la commission digitale du METI, Pierre-Olivier Brial et Sébastien Hours se sont donnés pour mission de les encourager. Ce coup de pouce commence par un travail sur la visibilité et l’attractivité des ETI, qui possèdent d’importants besoins en termes de recrutement digital. « Elles doivent renforcer leur attractivité face aux start-ups et aux grands groupes ! », s’exclame Sébastien Hours. « Peu de personnes le savent, mais si vous regardez sur la période de 2009 à 2015, les ETI ont créé plus de 335 000 emplois nets, soit la catégorie d’entreprise qui a créé le plus d’emplois sur la période », ajoute Pierre-Olivier Brial. En défendant la cause des ETI auprès des pouvoirs publics, les dirigeants comptent aussi sur le gouvernement pour soutenir les ETI françaises autant que les start-ups et les grands groupes.  « Le plan PACTE, porté par Bruno Le Maire, montre qu’il y a déjà une vraie volonté de les écouter », précise Sébastien Hours.

Le METI rêve aussi d’une « ETI nation ». « La France ne compte que 5 000 ETI contre 12 000 en Allemagne », expose Pierre-Olivier Brial. La botte secrète de l’Hexagone ? Ses nombreuses start-ups, que le METI voit comme un « vrai réservoir d’ETI potentielles via le digital. » L’idée : donner aux start-ups l’envie d’évoluer, et de ne pas considérer le rachat comme seule option. « Je précise tout de même que le digital n’est pas une solution miracle », ajoute Sébastien Hours. « Il s’agit simplement d’une évolution des process et des solutions qu’il est possible d’apporter aux clients. Ce n’est pas le digital qui va porter et transformer la France et le développement des entreprises ! » Les dirigeants voient deux conditions pour faire faire de l’Hexagone une « ETI nation » : la création d’un écosystème favorable à une collaboration forte start-up-PME-ETI-grands groupes, qui permettra aux plus petites de grossir plus rapidement qu’aujourd’hui. La seconde, plus générale, intègre une évolution de « la législation, de la fiscalité et de l’état d’esprit entrepreneurial », conclut Sébastien Hours.

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Transfair 2026 : un rendez-vous incontournable pour les dirigeants

Céder son entreprise ou en reprendre une ne s’improvise pas. Ces opérations nécessitent une préparation rigoureuse, une bonne connaissance des mécanismes financiers et juridiques, ainsi qu’une réflexion approfondie sur les perspectives de développement de l’activité. Pour répondre à ces enjeux, Transfair 2026 réunira les principaux acteurs de la transmission et de la reprise d’entreprise en Île-de-France. L’objectif est de permettre aux participants de bénéficier de conseils adaptés à leur situation, d’identifier les étapes clés de leur projet et d’échanger directement avec des professionnels spécialisés. La journée s’adresse à différents profils : dirigeants qui envisagent de céder leur entreprise, entrepreneurs souhaitant acquérir une société, repreneurs en recherche de financement ou encore chefs d’entreprise qui envisagent une opération de croissance externe. Que le projet soit encore à l’étude ou déjà bien avancé, cet événement permettra d’obtenir des réponses concrètes et de mieux appréhender les différentes dimensions d’une opération de transmission-reprise.

Préparer la cession de son entreprise dans les meilleures conditions

Pour un dirigeant, transmettre son entreprise constitue souvent l’aboutissement de plusieurs années, voire de plusieurs décennies, d’engagement entrepreneurial. Pourtant, cette étape peut soulever de nombreuses questions : quand commencer à préparer la cession ? Comment déterminer la valeur de son entreprise ? Quels critères privilégier pour choisir un repreneur ? Comment anticiper les conséquences fiscales et patrimoniales de l’opération ? Ces interrogations seront au cœur de plusieurs conférences proposées pendant Transfair 2026. Les participants pourront notamment approfondir les méthodes permettant d’anticiper et de valoriser une transmission, comprendre le déroulement des négociations entre cédant et repreneur et découvrir les points de vigilance liés à la préparation de la vente. Pour approfondir ces enjeux, découvrez également notre article consacré à la préparation de la cession d’une entreprise et à l’importance d’anticiper chaque étape. La journée abordera également la dimension humaine de la transmission, notamment à travers la psychologie du cédant, la protection de l’entreprise dans le cercle familial et les modalités de transmission aux salariés. Pour les dirigeants qui souhaitent préparer leur succession plusieurs mois ou plusieurs années à l’avance, ces échanges pourront contribuer à structurer leur réflexion et à identifier les décisions à prendre en amont.

Reprise d’entreprise : financement, négociation et accompagnement

La reprise d’une entreprise représente une autre voie de développement pour les entrepreneurs. Elle permet d’acquérir une activité existante, de s’appuyer sur une organisation déjà en place et d’envisager de nouvelles perspectives de croissance. Mais un tel projet suppose de franchir plusieurs étapes : identifier une entreprise correspondant à ses objectifs, évaluer son potentiel, négocier les conditions d’acquisition et réunir les financements nécessaires. Le programme de Transfair proposera plusieurs conférences consacrées à ces questions. Les participants pourront notamment s’informer sur le financement d’une reprise avec le réseau Bpifrance, l’évaluation d’une entreprise et les stratégies de recherche de cibles. Les enjeux de négociation seront également abordés, notamment à travers les échanges entre cédants et repreneurs et la préparation de la lettre d’intention, un document important dans la structuration d’une opération d’acquisition. D’autres interventions porteront sur le mentorat entrepreneurial et l’accompagnement par des dirigeants expérimentés. Ces approches peuvent aider les repreneurs à confronter leurs choix à des expériences concrètes et à sécuriser leur démarche.

Des experts mobilisés pour répondre aux questions des entrepreneurs

L’un des principaux atouts de Transfair 2026 réside dans la possibilité de rencontrer directement des spécialistes de la transmission et de la reprise d’entreprise. La CCI Paris Île-de-France organise cette journée avec plusieurs partenaires institutionnels et professionnels, parmi lesquels l’Ordre des experts-comptables Paris Île-de-France, la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Paris et le Barreau de Paris. Bpifrance et Société Générale participent également à cette initiative. Les entrepreneurs pourront ainsi aborder différentes dimensions de leur projet : évaluation financière, financement, fiscalité, ingénierie patrimoniale, formalités juridiques et sécurisation de la transaction. Le programme prévoit aussi des interventions sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les opérations de transmission, ainsi que sur la reprise d’entreprises en difficulté. Cette diversité de compétences permettra aux participants d’obtenir plusieurs éclairages complémentaires et de mieux comprendre les interactions entre les aspects financiers, juridiques et humains d’une opération.

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Comment participer à Transfair 2026 ?

La CCI Paris Île-de-France donne rendez-vous aux entrepreneurs le lundi 16 novembre 2026, de 9 h à 17 h, dans ses locaux situés au 11, rue Léon-Jouhaux, dans le 10e arrondissement de Paris. La participation nécessite de consulter le programme et de s’inscrire aux conférences ou aux rendez-vous qui correspondent à son projet. Que vous envisagiez de transmettre votre entreprise, de reprendre une société ou de développer votre activité par croissance externe, cette journée vous permettra de rencontrer des interlocuteurs spécialisés et d’obtenir des conseils utiles à la concrétisation de votre projet. Dans un contexte où la transmission des entreprises constitue un enjeu important pour la continuité des activités et le renouvellement entrepreneurial, anticiper les décisions et s’entourer des bons experts peut faire toute la différence.

Programme officiel de Transfair 2026 et modalités d’inscription

Droit du travail en PME et ETI : quand une décision managériale devient un risque juridique

Pour un dirigeant, une réorganisation, un changement de poste ou un licenciement répond généralement à une nécessité opérationnelle : adapter les compétences, préserver la rentabilité, corriger un dysfonctionnement ou préparer une nouvelle phase de développement. Pourtant, une décision cohérente sur le plan économique peut devenir une source de contentieux lorsqu’elle entre en collision avec les droits des salariés, les engagements de l’entreprise ou les règles qui encadrent la relation de travail. Le droit du travail en PME et ETI ne se résume donc pas à une succession de formalités à accomplir avant de prendre une décision. Il oblige surtout à comprendre ce que l’entreprise peut modifier, ce qu’elle doit négocier et ce qu’elle doit pouvoir justifier. Cette distinction est essentielle : le risque juridique naît parfois moins de la décision elle-même que de la manière dont elle est construite et mise en œuvre.

Par Eric Orsini

Le véritable risque commence souvent avant le conflit

Lorsqu’un désaccord éclate entre un employeur et un salarié, chacun dispose généralement de sa propre lecture de la situation. Le dirigeant considère avoir pris une décision nécessaire au fonctionnement de l’entreprise. Le salarié peut, de son côté, y voir une dégradation de ses conditions de travail, une sanction déguisée ou une remise en cause de ses engagements contractuels.

C’est souvent dans cet écart d’interprétation que se prépare le contentieux.

Imaginons une entreprise industrielle qui décide de réorganiser ses équipes afin d’améliorer la continuité de la production. Un salarié expérimenté se voit proposer de nouveaux horaires et des responsabilités différentes. Pour la direction, cette évolution relève d’un ajustement opérationnel. Pour le salarié, elle bouleverse son organisation personnelle et modifie profondément le poste pour lequel il a été recruté.

La question juridique ne consiste pas simplement à déterminer si la réorganisation est pertinente. Il faut d’abord identifier ce qui change réellement dans la relation de travail. Un changement des conditions de travail peut, dans certaines circonstances, relever du pouvoir de direction de l’employeur. En revanche, une modification d’un élément essentiel du contrat, comme la rémunération contractuelle ou la durée du travail lorsqu’elle est contractualisée, nécessite en principe l’accord du salarié. La qualification dépend des circonstances et du contrat concerné.

Cette analyse préalable évite de confondre l’autorité légitime du dirigeant avec un pouvoir de modification sans limites.

Réorganiser l’entreprise ne signifie pas pouvoir tout modifier

Les entreprises évoluent. Une acquisition, une baisse d’activité, l’automatisation d’un processus ou la création d’une nouvelle fonction peuvent rendre nécessaire une transformation des postes et des équipes. Le droit du travail n’interdit pas ces évolutions, mais il encadre leurs modalités.

La difficulté consiste à distinguer la décision stratégique, qui appartient à l’entreprise, de ses conséquences sur les contrats et les situations individuelles.

Prenons le cas d’une ETI qui souhaite regrouper deux services. La direction peut avoir de solides raisons économiques et organisationnelles de procéder à cette fusion. Toutefois, si cette réorganisation entraîne la suppression d’un poste, une modification substantielle des fonctions ou un licenciement économique, des règles spécifiques peuvent s’appliquer. Selon la situation, l’employeur devra notamment examiner les possibilités de reclassement, respecter les procédures appropriées et, le cas échéant, consulter les représentants du personnel.

L’enjeu n’est donc pas de renoncer à transformer l’organisation, mais de construire une décision qui tienne compte, dès le départ, de ses implications humaines et juridiques.

C’est là que le droit du travail en PME et ETI devient un outil de pilotage. Il aide à identifier les marges de manœuvre réelles, à mesurer le coût d’une décision mal préparée et à choisir une méthode de mise en œuvre adaptée.

Le licenciement : une décision qui doit pouvoir être expliquée

Droit du travail en PME et ETI : quand une décision managériale devient un risque juridique

Le licenciement illustre particulièrement bien la différence entre une décision ressentie comme légitime et une décision juridiquement défendable.

Un dirigeant peut estimer qu’un salarié ne répond plus aux attentes du poste, que ses résultats sont insuffisants ou que son comportement perturbe l’équipe. Mais l’appréciation du dirigeant ne suffit pas, à elle seule, à sécuriser une rupture du contrat de travail.

La nature des faits, leur réalité, leur précision et leur contexte comptent. Dans le cas d’un licenciement pour motif personnel, la rupture doit reposer sur une cause réelle et sérieuse. Les griefs invoqués doivent pouvoir être étayés, et la procédure légale doit être respectée. Dans le cadre d’un licenciement économique, les conditions légales propres à ce motif doivent également être réunies.

Une difficulté fréquente tient à l’accumulation tardive de reproches. Pendant plusieurs mois, un responsable exprime son insatisfaction de manière informelle, sans fixer clairement les objectifs, sans documenter les difficultés ou sans donner au salarié une compréhension précise de ce qui lui est demandé. Lorsque la rupture devient envisagée, l’entreprise tente alors de reconstituer une justification.

Cette démarche fragilise sa position. Elle peut aussi révéler un problème de management : des attentes mal définies, un accompagnement insuffisant ou des désaccords jamais traités.

Le droit ne remplace pas le jugement managérial. Il impose cependant que les décisions les plus lourdes reposent sur des éléments suffisamment précis et sur une procédure adaptée.

Le dialogue social n’est pas une formalité de fin de parcours

Dans certaines entreprises, l’information des salariés ou de leurs représentants intervient lorsque la décision semble déjà arrêtée. Cette approche peut donner le sentiment que le dialogue social constitue un passage obligé, plutôt qu’un élément de la conduite du changement.

Or, lorsque la loi impose une consultation du comité social et économique (CSE), celle-ci doit intervenir selon les règles applicables et permettre un échange utile avant la décision définitive. Les obligations varient notamment selon l’effectif, la nature du projet et ses conséquences.

Au-delà de l’exigence juridique, associer les bons interlocuteurs au bon moment peut améliorer la qualité du projet. Les salariés connaissent souvent les contraintes opérationnelles, les difficultés de terrain et les effets indirects d’une réorganisation. Leurs observations peuvent permettre de corriger un dispositif avant qu’il ne produise des tensions ou des dysfonctionnements.

Cela ne signifie pas que toute décision doit faire l’objet d’un consensus. Le dirigeant conserve ses responsabilités, mais il gagne à distinguer ce qui relève de sa décision, ce qui doit être discuté et ce qui nécessite une consultation formelle.

La sécurité juridique se construit dans la durée

Une entreprise ne sécurise pas ses décisions uniquement au moment où elle envisage un licenciement. La solidité de sa position dépend aussi de pratiques installées bien en amont : fiches de poste cohérentes, objectifs compréhensibles, entretiens utiles, traitement régulier des difficultés et conservation des éléments pertinents.

Cette continuité est particulièrement importante dans les PME, où les relations sont parfois directes et informelles. La proximité peut faciliter le dialogue, mais elle ne remplace ni les règles applicables ni la nécessité de formaliser certaines décisions. Dans une ETI, la difficulté peut être différente : plusieurs niveaux hiérarchiques interviennent, et les pratiques peuvent varier d’un service à l’autre.

Le rôle des ressources humaines et du conseil juridique est alors de rendre les décisions plus cohérentes, sans transformer chaque échange managérial en procédure administrative. Un avis spécialisé, sollicité avant qu’une situation ne se bloque, permet souvent de distinguer une difficulté relationnelle, un problème de performance et un véritable enjeu juridique.

Le droit du travail en PME et ETI prend ainsi toute sa valeur lorsqu’il est intégré à la réflexion de gestion, plutôt que mobilisé uniquement pour défendre l’entreprise une fois le conflit déclaré.

Décider avec fermeté, mais sans improviser

Diriger suppose parfois de prendre des décisions difficiles : réorganiser une activité, modifier les responsabilités, gérer une insuffisance professionnelle ou mettre fin à une collaboration. La sécurité juridique n’a pas vocation à empêcher ces décisions, mais à éviter qu’elles soient prises sur la base d’hypothèses imprécises ou mises en œuvre dans des conditions contestables.

La question utile à se poser n’est donc pas seulement : « Avons-nous le droit de le faire ? » Elle est aussi : « Que change exactement cette décision, sur quel fondement repose-t-elle et comment allons-nous la mettre en œuvre ? »

Cette approche permet de mieux articuler performance économique, responsabilité managériale et respect des droits des salariés. Pour les dirigeants de PME et d’ETI, c’est une manière plus exigeante, mais aussi plus efficace, d’aborder le droit du travail : non comme un frein à la décision, mais comme une composante de sa qualité.
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