...

Essai gagnant pour les entreprises françaises en Inde

PARTAGER

Facebook
Email
WhatsApp

Emmanuel Macron est en Inde pour renforcer des relations bilatérales encores timides. Une visite assez réussie avec, à la clé, 20 contrats et un total de 13 milliards d’euros pour les entreprises françaises ainsi que 200 millions d’euros d’investissements en Inde. Le but : faire de la France le premier partenaire de l’Inde en Europe.

Par Franck BOCCARA

Le président ne cache pas qu’il aimerait, dans la perspective du Brexit, remplacer le royaume-Uni et faire de la France le principal allié de New-Delhi en Europe.

« Le sens de cette visite est de faire de l’Inde notre premier partenaire stratégique de la région, et que la France devienne votre premier partenaire stratégique en Europe, et plus largement en Occident », annonce-t-il sans ambiguïtés. Une déclaration qui cadre bien avec le climat d’amitié envers l’Inde ainsi qu’avec les chaleureuses accolades échangées avec le premier ministre Narendra Modi.

  • Les contrats

Ces message d’amitié passe visiblement très bien et les contrats sont au rendez-vous pour les entreprises françaises dont le plus important s’élève à 12,5 milliards d’euros pour le groupe aéronautique Safran et ses partenaires qui assureront la fourniture et la maintenance de moteurs d’avions, des boeing 737 MAX de la compagnie aérienne low-cost indienne SpiceJet. Le groupe français va d’ailleurs investir dans une usine de câblage dans le Telangana, au sud de l’Inde.

EDF a également signé avec le groupe public indien Nuclear Power Corporation of India Limited (NPCIL) un accord industriel, qui devrait aboutir avant la fin de l’année à la vente de six réacteurs nucléaires EPR, selon l’Elysée et EDF. Une signature qui est l’aboutissement d’une décennie de négociations sur ce projet. La centrale de Jaitapur au sud-ouest de l’Inde est présentée comme le plus grand projet nucléaire au monde avec une puissance de près de 10 GW , mais qui fait l’objet de certaines protestations pour des raisons environnementales.

ALSTOM, quant à lui, rafle trois contrats pour un total de 75 millions d’euros. Deux d’entre eux ont été signés avec les sociétés indiennes Mumbai Metro Rail Corporation et Jaipur Metro Rail Corporation pour l’alimentation électrique de métros et le troisième avec la Chennai Metro Rail Corporation pour la livraison de nouveaux trains.

SUEZ remporte, pour sa part, un marché de 70 millions d’euros sur 12 ans pour la distribution d’eau potable et la modernisation du réseau à Davangere au le sud de l’Inde.

Le domaine de la défense ne figure pas dans ces contrats après la vente de 36 Rafales en 2016 à l’Inde qui est devenu de premier acheteur d’armement au monde. La France espère cependant vendre de nouveaux avions de chasse et des sous-marins à l’Inde. Monsieur Macron déclarait d’ailleurs à des journaliste que le gouvernement indien « a confirmé des commandes à venir de Rafales ».

De nombreux autres partenariats, contrats et protocoles d’accords ont également été conclus par les entreprises françaises dans une large diversité de secteurs, notamment ceux des transports et des énergies renouvelables.

Des bonnes nouvelles pour les PME et ETI françaises, sous-traitantes directes ou indirectes de ces grands comptes, qui devraient profiter des ces commandes juteuses. Le président, lui, marque un bel essai à l’international avec nos grands groupes en soutien, qui devront toutefois réussir à transformer cet essai.

  • La coopération géostratégique

Au niveau sécurité, la France et l’Inde ont signé un accord de coopération logistique dans l’océan Indien. Celui-ci doit permettre aux forces armées indiennes de pouvoir utiliser, si nécessaire, les bases maritimes françaises (Djibouti, Emirats, Réunion) et à la France de faire de même avec les bases indiennes.

Cet accord permet à l’Inde de répondre à l’influence territoriale grandissante de sa rivale chinoise dans l’océan indien.

« Nous croyons tous deux dans la paix et la stabilité du monde. La région de l’océan Indien va jouer un rôle très significatif », a déclaré Narendra Modi. Et de rajouter: « nous considérons la France comme un de nos alliés les plus fiables ».

« L’Inde a peur d’une hégémonie chinoise et a besoin d’une vraie sécurité », dit, quant à lui, Emmanuel Macron devant la presse.

 

 

 

 

 

 

 

 

PARTAGER

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email
LinkedIn
WhatsApp
PLUS D'ARTICLES
Services aux entreprises : jusqu’où externaliser
Services aux entreprises : derrière cette expression se cache une question devenue centrale pour de nombreuses PME et ETI. Une entreprise n’a pas vocation à tout faire elle-même, mais jusqu’où peut-elle déléguer sans perdre la maîtrise de ce qui fait sa force ? L’externalisation peut permettre d’accéder à des compétences pointues, de gagner en agilité et de concentrer les équipes sur leur véritable cœur de métier. À condition toutefois de ne pas confondre délégation et abandon de contrôle. Par Eric Orsini Sur le papier, le raisonnement paraît presque évident. Pourquoi mobiliser durablement des ressources internes pour une compétence utilisée ponctuellement, lorsqu’un prestataire spécialisé peut intervenir avec davantage d’expertise et de moyens ? Mais l’externalisation ne consiste pas simplement à déplacer une tâche d’un bureau à un autre. Elle modifie la façon dont l’entreprise fonctionne, prend ses décisions et conserve la maîtrise de ses activités. C’est précisément là que le sujet devient intéressant. Car bien externaliser ne signifie pas nécessairement déléguer le maximum. Cela signifie surtout savoir ce que l’on peut confier sans perdre ce que l’on doit absolument maîtriser.

Externaliser pour gagner en compétence, pas seulement pour réduire les coûts

Pendant longtemps, l’externalisation a surtout été présentée comme une manière de réduire les charges. Une fonction coûteuse en interne pouvait être confiée à un prestataire, avec l’espoir de transformer des coûts fixes en dépenses variables. Le raisonnement reste valable dans certains cas, mais il est devenu insuffisant. Pour une PME, faire appel à un spécialiste peut avant tout permettre d’accéder à une compétence qu’elle n’aurait pas intérêt à construire en interne. Une entreprise de cinquante salariés n’a évidemment pas besoin d’un expert en cybersécurité à temps plein. Une ETI en croissance internationale ne pourra pas nécessairement disposer, dans chaque pays, de toutes les compétences fiscales ou juridiques nécessaires. De la même manière, un dirigeant peut avoir besoin d’un accompagnement ponctuel pour une opération de financement, une acquisition ou une réorganisation. L’intérêt des services aux entreprises réside alors moins dans la délégation d’une tâche que dans l’accès à un niveau d’expertise. Le prestataire apporte normalement une expérience accumulée auprès de plusieurs entreprises, des outils spécialisés et une capacité à prendre du recul que les équipes internes n’ont pas toujours le temps d’avoir. L’externalisation peut donc libérer du temps et des ressources, mais son véritable intérêt apparaît lorsqu’elle permet à l’entreprise de faire mieux ce qui compte vraiment pour elle.

Le paradoxe : déléguer sans abandonner le contrôle

C’est ici que les choses se compliquent. Car une entreprise peut parfaitement externaliser une fonction sans pour autant externaliser la responsabilité qui l’accompagne. Confier son informatique à un prestataire ne dispense pas le dirigeant de savoir où sont stockées ses données. Externaliser la paie ne signifie pas que l’entreprise peut se désintéresser de ses obligations sociales. Faire appel à un cabinet pour sa communication ne signifie pas qu’il doit devenir le seul dépositaire de l’image de la marque. Le risque apparaît lorsque la compétence quitte progressivement l’entreprise au point que celle-ci ne dispose plus des moyens de comprendre, d’évaluer ou de challenger son prestataire. À ce moment-là, l’externalisation peut créer une forme de dépendance. Et une dépendance n’est pas nécessairement visible lorsque tout fonctionne bien. Elle apparaît souvent lorsque survient un problème : changement de prestataire, hausse des tarifs, départ d’un interlocuteur clé, incident informatique ou simple désaccord stratégique. Il existe même un paradoxe assez classique : plus un prestataire est performant, plus l’entreprise peut être tentée de lui faire confiance sans plus chercher à comprendre ce qu’il fait. C’est confortable… jusqu’au jour où il faut reprendre la main. Une bonne stratégie d’externalisation doit donc préserver un minimum de connaissance et de capacité de décision en interne. Le dirigeant n’a pas besoin de devenir expert de tout, mais il doit rester capable de poser les bonnes questions, de contrôler les résultats et, surtout, de changer de partenaire si la situation l’exige.

Le bon prestataire n’est pas celui qui prend toute la place

La question du choix du prestataire devient alors essentielle. Dans le domaine des services aux entreprises, la relation ne devrait pas être pensée uniquement sous l’angle du prix ou du périmètre de la mission. Une prestation peut être techniquement excellente et pourtant mal adaptée à l’entreprise. Le bon partenaire est celui qui comprend son fonctionnement, ses contraintes et ses objectifs, mais aussi celui qui accepte de laisser au dirigeant la maîtrise des décisions qui lui appartiennent. Il doit apporter de l’expertise sans créer une opacité supplémentaire. Cette distinction est particulièrement importante pour les PME et les ETI. Une grande entreprise peut parfois disposer de plusieurs niveaux de contrôle, de directions spécialisées et de ressources capables de superviser un prestataire. Dans une structure plus petite, la relation peut rapidement devenir beaucoup plus directe. Le prestataire entre alors dans le quotidien de l’entreprise, accède à ses informations et participe parfois, indirectement, à des décisions importantes. L’externalisation réussie repose donc sur un équilibre assez subtil : faire confiance sans devenir dépendant, déléguer sans se désengager, bénéficier d’une expertise extérieure sans perdre sa propre capacité de décision.

L’externalisation comme choix d’organisation, et non comme réflexe

Les services aux entreprises ont considérablement évolué parce que les entreprises elles-mêmes sont devenues plus complexes. Il est devenu difficile, et parfois peu pertinent, de vouloir tout maîtriser en interne. La vraie question n’est donc plus de savoir s’il faut externaliser ou non, mais de déterminer intelligemment ce qui mérite de l’être. Certaines fonctions peuvent être entièrement confiées à un spécialiste. D’autres nécessitent une collaboration étroite entre équipes internes et prestataires. Et certaines compétences doivent rester solidement ancrées dans l’entreprise parce qu’elles touchent directement à son identité, à sa stratégie ou à son avantage concurrentiel. L’externalisation devient alors un choix stratégique plutôt qu’une simple décision opérationnelle. Elle permet au dirigeant de concentrer ses ressources là où elles créent le plus de valeur, tout en allant chercher à l’extérieur les compétences dont l’entreprise a besoin au bon moment. Car finalement, une entreprise performante n’est pas celle qui sait tout faire. C’est celle qui sait ce qu’elle doit savoir faire elle-même, ce qu’elle peut apprendre et ce qu’elle a intérêt à confier à d’autres. Et cette capacité à faire le tri devient peut-être l’une des compétences les plus importantes du dirigeant moderne.
Financer l’export : la CCI 92 organise une rencontre le 29 septembre à l’ESSEC Executive Education
Dans le cadre du partenariat qui nous lie à la CCI Paris Ile-de-France, PME-ETI.fr vous tient informés en priorité des principaux évènements et réseaux qui peuvent vous permettre de booster votre croissance et de rencontrer des acteurs-clés de l’économie. Financer l’export constitue souvent un enjeu déterminant pour une entreprise qui souhaite accélérer son développement international. Prospection commerciale, recrutement, implantation, déplacements, adaptation de l’offre ou sécurisation des transactions : conquérir de nouveaux marchés demande des moyens, mais aussi de savoir identifier les bons dispositifs de financement. C’est précisément le sujet qui sera au cœur de la rencontre organisée par la CCI Paris Île-de-France le 29 septembre 2026, à l’ESSEC Executive Education au CNIT de La Défense.

Un financement adapté à chaque projet international

Se développer à l’étranger ne nécessite pas toujours les mêmes ressources financières. Une première prospection sur un marché peut demander des moyens relativement limités, tandis qu’une implantation ou une opération de croissance internationale peut nécessiter des financements beaucoup plus importants. Pour les dirigeants de PME et ETI, la question est donc moins de savoir s’il est possible de financer l’export que de déterminer quelles solutions correspondent réellement à leur projet et à leur niveau de développement. Dans le cadre de « Faites de l’international 2026 », la CCI des Hauts-de-Seine propose justement une soirée destinée à permettre aux entreprises de mieux comprendre les différents leviers disponibles et d’identifier les dispositifs susceptibles de les accompagner dans leur stratégie internationale.

Des experts pour comprendre les solutions disponibles

La soirée débutera par une présentation consacrée à cinq bonnes pratiques pour optimiser son budget à l’international, avant de laisser place à des échanges autour des différentes solutions permettant d’accompagner financièrement un projet export. Plusieurs spécialistes partageront leur expérience et leurs conseils, parmi lesquels Rosa Accari, Responsable du Service Développement International des Territoires à la CCI Paris Île-de-France, Aurélien Auvity, Chargé d’affaires international chez Bpifrance, et Julie Lamy, Responsable régionale du Pôle Financement de la CCI Hauts-de-Seine. L’objectif est résolument opérationnel : permettre aux participants de mieux comprendre les dispositifs existants et de savoir vers quels interlocuteurs se tourner en fonction de leurs besoins.

Échanger directement avec les acteurs du financement

À partir de 19h15, les participants pourront également rencontrer directement différents acteurs de l’accompagnement et du financement international : Bpifrance, Coface, Banque Populaire Rives de Paris, SOCACE, les Douanes, la Direction générale des Finances publiques, Team France Export, les Conseillers du Commerce extérieur de la France et les CCI. Ces échanges constituent une véritable opportunité pour les entreprises qui souhaitent financer l’export dans de bonnes conditions, mais également pour celles qui s’interrogent encore sur la pertinence d’une démarche internationale. Car au-delà du financement lui-même, il s’agit aussi de mieux maîtriser les risques, de sécuriser ses opérations et de construire une stratégie cohérente avec les ambitions de l’entreprise.

Un rendez-vous pour préparer son développement international

La rencontre se terminera par un cocktail networking, permettant de poursuivre les discussions dans un cadre convivial et de développer son réseau auprès d’autres dirigeants et professionnels de l’international. Que votre entreprise soit déjà présente sur plusieurs marchés étrangers ou qu’elle envisage ses premières opérations à l’export, cette soirée permettra de repartir avec des informations concrètes, des contacts et, pourquoi pas, de nouvelles pistes pour financer l’export et accélérer son développement. Rendez-vous le 29 septembre 2026, de 17h30 à 20h15, à l’ESSEC Executive Education, au CNIT de La Défense. L’événement est gratuit et les places sont limitées.

Inscrivez-vous à la soirée « Financer l’export autrement »

Produire en France pour mieux exporter : le pari stratégique des PME et ETI
Pendant longtemps, produire en France et exporter semblaient relever de deux logiques presque contradictoires. Pourtant, pour de nombreuses PME et ETI, produire en France peut aujourd’hui constituer un véritable choix stratégique pour se développer à l’international. À condition de ne pas réduire cette question au seul coût de fabrication. Par Franck Boccara La comparaison entre le coût d’une production française et celui d’une production réalisée à l’étranger est en effet devenue trop simpliste. Dans une économie où les délais, la fiabilité des approvisionnements, la capacité d’adaptation et la maîtrise des savoir-faire prennent une importance croissante, le véritable sujet est peut-être moins de savoir où produire au meilleur prix que de déterminer ce qu’une entreprise doit continuer à maîtriser elle-même. C’est dans cette perspective que la réindustrialisation française peut devenir un levier de compétitivité internationale.

Produire en France, ce n’est pas nécessairement produire moins cher

Le premier réflexe consiste souvent à comparer le coût de fabrication d’un produit français avec celui d’un produit fabriqué en Asie, en Europe de l’Est ou ailleurs. Le calcul paraît simple : si le produit coûte moins cher à fabriquer à plusieurs milliers de kilomètres, pourquoi continuer à le produire en France ? Le problème est que cette comparaison oublie une partie de l’équation. Le prix de sortie d’usine ne représente qu’une fraction du coût réel d’une chaîne industrielle. Transport, stocks, délais, minimums de commande, fluctuations des devises, contrôle qualité, dépendance à un fournisseur unique, coûts de modification d’une série ou conséquences d’une rupture d’approvisionnement peuvent rapidement changer la photographie. Pour une PME ou une ETI, cette question est d’autant plus importante que la flexibilité constitue souvent un avantage concurrentiel sous-estimé. Une entreprise industrielle française capable de modifier rapidement une production, de développer une petite série, d’adapter un produit à un marché ou de répondre à une demande particulière peut parfois vendre ce que son concurrent produisant à bas coût ne peut tout simplement pas livrer dans les mêmes conditions. Dans certains secteurs, la proximité entre le bureau d’études, l’atelier et le client devient même une composante du produit lui-même. Il ne s’agit donc pas de prétendre que fabriquer en France est systématiquement plus rentable. Ce serait aussi caricatural que de considérer qu’une production délocalisée est nécessairement moins chère. L’enjeu consiste plutôt à identifier les activités pour lesquelles la maîtrise industrielle, la qualité, la vitesse d’exécution ou la capacité d’innovation justifient cet ancrage. C’est là que la réindustrialisation devient réellement intéressante pour les PME et ETI : lorsqu’elle renforce leur capacité à se différencier plutôt que lorsqu’elle cherche simplement à reproduire, à l’identique et avec des coûts supérieurs, ce qui était fabriqué ailleurs.

Le « made in France » peut devenir un outil commercial à l’international

Il existe également une autre dimension, plus subtile : celle de la perception du produit français. À l’étranger, la France ne bénéficie évidemment pas d’une image homogène dans tous les secteurs. Mais dans de nombreux domaines — industrie de précision, équipements, aéronautique, cosmétique, agroalimentaire, luxe, santé, technologies ou encore certains métiers d’art — l’origine française peut apporter une valeur supplémentaire. Encore faut-il qu’elle soit crédible. Le « made in France » ne constitue pas à lui seul une stratégie d’exportation. Une entreprise ne conquiert pas durablement un marché allemand, américain ou asiatique simplement parce qu’elle appose un drapeau tricolore sur son catalogue. Les acheteurs internationaux recherchent avant tout une réponse à leurs propres problématiques : performance, fiabilité, innovation, délais, service après-vente et capacité du fournisseur à accompagner leur croissance. Mais lorsque deux offres sont comparables, l’origine et la maîtrise industrielle peuvent devenir un élément de différenciation. C’est précisément ici que l’ancrage industriel français peut prendre une dimension commerciale. Une PME qui maîtrise son outil de production peut raconter quelque chose de plus solide qu’une simple origine géographique : elle peut expliquer comment son produit est conçu, testé, amélioré et adapté. Elle peut faire visiter son usine à un client étranger, associer plus rapidement ses équipes commerciales et techniques, ou transformer les contraintes de production en arguments de vente. Autrement dit, le véritable avantage n’est pas toujours « fabriqué en France ». Il peut être : « nous maîtrisons ce que nous vendons ». Cette nuance est essentielle pour les PME et ETI qui souhaitent exporter. Une industrie française compétitive n’a pas vocation à vendre uniquement son territoire ; elle doit vendre sa capacité à créer de la valeur.

Réindustrialiser pour reprendre la main sur sa chaîne de valeur

La réindustrialisation française présente enfin un intérêt qui dépasse largement la question du patriotisme économique. Pour un dirigeant, dépendre entièrement d’une production située à l’autre bout du monde signifie aussi accepter une forme de perte de contrôle. Lorsque les marchés sont stables, cette dépendance peut sembler parfaitement rationnelle. Lorsque survient une crise logistique, une tension géopolitique ou une rupture d’approvisionnement, elle apparaît soudain sous un autre jour. Les dernières années ont montré que la performance d’une entreprise ne se mesure pas uniquement à son coût de production. La capacité à continuer de produire est devenue une performance en soi. Une entreprise disposant d’une partie de ses capacités industrielles en France, ou de fournisseurs français capables de prendre rapidement le relais, peut parfois absorber un choc que son concurrent très dépendant d’une chaîne mondiale ne pourra pas gérer aussi facilement. Cela ne signifie pas qu’il faudrait tout rapatrier. Une telle ambition serait économiquement irréaliste pour la plupart des entreprises. L’industrie moderne fonctionne avec des chaînes de valeur internationales et continuera de le faire. La véritable question est plutôt celle du niveau de dépendance acceptable. Pour certaines pièces critiques, certains composants stratégiques ou certaines compétences clés, conserver une capacité de production en France peut représenter une assurance industrielle. Et comme toute assurance, elle a un coût — mais son absence peut en avoir un beaucoup plus élevé. Pour une PME ou une ETI, cette réflexion peut également conduire à revoir son organisation industrielle. Plutôt que d’opposer brutalement production française et production internationale, certaines entreprises peuvent rechercher un modèle hybride : conserver en France les activités à forte valeur ajoutée, les petites séries, la R&D, les opérations sensibles ou les productions nécessitant une grande réactivité, tout en s’appuyant sur des partenaires étrangers pour d’autres étapes. La question n’est alors plus « France ou étranger ? », mais « quelle partie de notre chaîne de valeur devons-nous absolument maîtriser ? ».

Exporter depuis la France : transformer une contrainte en avantage

C’est probablement là que se situe le véritable enjeu. La réindustrialisation française ne doit pas être pensée comme un retour en arrière, avec l’idée de reconstruire à l’identique une industrie qui appartenait à une autre époque. Elle peut au contraire devenir une étape vers une industrie différente : plus automatisée, plus spécialisée, plus numérique, plus économe en ressources et surtout davantage intégrée à une stratégie internationale. Pour une PME ou une ETI, produire en France pour exporter peut donc avoir du sens lorsqu’il permet de rapprocher production, innovation et marché. Une usine française n’est pas seulement un lieu où l’on fabrique un produit. Elle peut devenir un laboratoire, un argument commercial, un outil de différenciation et un moyen de conserver la maîtrise de compétences stratégiques. Dans certains cas, elle peut même contribuer à accélérer le développement international plutôt qu’à le freiner. Le sujet n’est finalement pas de choisir entre une France industrielle et une France ouverte sur le monde. C’est précisément l’inverse : une industrie française solide peut donner davantage de moyens aux entreprises pour partir à la conquête du monde. La question que devraient se poser les dirigeants n’est donc peut-être pas « pouvons-nous encore nous permettre de produire en France ? », mais plutôt « quelles productions françaises peuvent nous donner un avantage sur les marchés internationaux ? ». Cette seconde question est nettement plus intéressante, et pourrait bien être l’une des clés de la prochaine étape de la réindustrialisation.
INSCRIVEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER
AUX DERNIÈRES NOUVELLES
×

Vous êtes dirigeant ou cadre ?
Vous avez une question ou besoin d'une information ?

Le respect de votre vie privée est notre priorité

L’accès au site implique l’utilisation de cookies mais celle-ci est subordonnée à votre consentement.